Mon frère, le Che, Juan Martin GUEVARA

Lorsqu’il s’agit de lire, mon choix se tourne rarement, voire jamais, vers une biographie. Mais là, il s’agit d’un révolutionnaire, qui plus est le Che, raconté par son benjamin, son « héritier spirituel », Juan Martin Guevara (encore en vie) !

Heureusement pour nous, l’auteur brise le pacte de silence établi avec son frère et ses sœurs ; il sort de son mutisme cinquante ans après la mort du héros latino. Il « expose [enfin] à la lumière » cet homme sacralisé, mystifié, rendu irréel, intouchable ; en le désacralisant, en l’humanisant, Juan Martin le rend palpable, redonne vie à ce qu’il était, aux idées pour lesquelles il s’est sacrifié, aux vérités qui ont nourri ses pensées et ses actions !

L’important est de faire connaître mon frère au-delà du mythe. Les gens ont une vision déformée du Che. Sous le masque de l’icône ou du guérillero, si attrayant soit-il, il y avait un contenu qu’il faut répandre. Qui connaît la pensée du Che ? Presque personne ! Il est pourtant l’un des grands penseurs marxistes du siècle. […] Il se disait aventurier, mais de la race de ceux qui n’hésitent pas à donner leur vie pour vivre en harmonie avec leur vérité, à mourir pour leurs idées. Il est primordial de comprendre qu’Ernesto était au départ une personne normale, sinon ordinaire, qui est devenue un être exceptionnel […] Les grands hommes sont rares mais ils existent !

En effet, en dessinant cet homme aux multiples facettes, en racontant l’Histoire (événements, contextes, lettres échangées, informations étouffées), en révélant ses lectures (philosophiques, politiques, classiques ; antiques, francophones, anglophones, latines etc.), en expliquant l’évolution et le combat de ce Résistant, du Comandante, Juan Martin rend hommage au guérillero, mais aussi à son frère attentionné, protecteur, drôle, aventurier, cultivé, que le temps [et les politiques] ont tenté de vulgariser insidieusement en le réduisant à une étiquette, un  phénomène de mode, de commerce – en gros, ce qu’il n’est pas, voire ce qu’il méprisait.

Ernesto est un type extrêmement brillant et cultivé. C’est un disciple de Marx, Engels et Freud, mais aussi de Jack London et Jorge Borges, de Baudelaire, de Leon Felipe, de Cervantès et de Victor Hugo. Il a une connaissance approfondie des œuvres de Merleau-Ponty et de Jean-Paul Sartre. Quand il le recevra à la Havane – avec Simone de Beauvoir – après notre départ, Sartre sera très surpris de découvrir derrière le guérillero un homme intelligent et érudit.

sartre-beauvoir-and-che-in-cuba

On découvre dans ce puits de souvenirs, de faits, d’échanges, les différentes vies d’Ernesto Rafael Guevara – le Che : on fait la connaissance de l’enfant, de l’adolescent, de l’adulte ; on embrasse l’existence du frère, du fils, du neveu, du petit-fils, du médecin, du joueur d’échecs, de l’intellectuel, du politicien, du stratège et du combattant qu’il était ! C’est beaucoup? Ce n’est pas tout ! On sort des clichés qui conduisent à l’effacement du fond – de l’humain, de l’être.

Juan Martin Guevara (révolutionnaire aussi)  transmet surtout des sentiments intenses, des émotions « fortes » sans tomber dans un lyrisme cliché – on est alors profondément révolté, attendri, charmé, touché, frappé : on sort de cette lecture avec la sensation d’être plus que vivant, avec des pistes de réflexion et le refus d’être passif ! Loin d’être idéalisé dans ce livre, le Che voit ses défauts exposés. Son exigence et son sarcasme nous percutent, nous secouent mais .. nous adorons cette franchise : il n’est pas là pour dire ce que la masse veut entendre, il n’est pas là pour taire des vérités, il refuse de rentrer dans un moule – encore moins aux dépens des opprimés, oubliés, rejetés !

Tout le monde sait qu’il est mort lâchement fusillé le 9 octobre 1967 […] On dit qu’il est mort dignement et que ses derniers mots ont été : […] ‘’Calmez-vous et visez bien. Vous allez tuer un homme’’. Mario Terán Salazar avait eu besoin de s’enivrer pour trouver le courage d’appuyer sur la détente.

Ce trésor (oui, oui !) m’a captivée ! On le lit, s’y accroche, le dévore ; sa richesse nous comble tout en réveillant en nous l’envie d’en savoir plus, de découvrir plus amplement les livres, lettres, discours, films cités !

Ce livre s’infiltre dans nos veines, nous nourrit sans rien imposer, en encourageant la réflexion, les recherches. On dévore encore et encore cette « bombe d’humanité » qui réveille une rage : celle de vivre humainement, justement, en insoumis et surtout, AVEC l’autre !

« On ne naît pas [Che], on le devient ! »

Amale BAALBAKI – 3ème année Lettres françaises

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