Wouloukou le petit, Samara Ghandour

Dans le cadre de leurs travaux pour la validation de la matière « Poétique des genres », certains étudiants ont décidé de créer leur propre conte/nouvelle en y insérant une problématique contemporaine. Ce texte se doit de correspondre aux critères externes, internes et de la réception du « genre » choisi. Suivez le guide…


Le Conte

     Il était une fois, dans un pays lointain que les Pygmées appelaient le Sénégal, un garçon qui ne grandissait pas. Il vivait avec ses parents dans une vieille maison en bois, mais sa petite taille le rendait malheureux…

       Un soir, il se retrouva avec tous les enfants du village autour d’un feu qu’allumait de quelques mots le sage du village (ils se réunissaient une fois par mois, afin de l’écouter raconter des contes ; c’est comme ça au Sénégal). Cette nuit-là, le sage du village racontait l’histoire d’un jeune garçon qui ne grandissait pas, faute de son manque de franchise. Woloukou le petit se leva, pensant que sa petite taille fut une malédiction due à son manque de franchise, à la cachotterie…

Arbre-à-palabre-MBOR-FAYE-1900-1984-Sénégal

       Le lendemain (puisque la nuit porte conseil) Woloukou le petit décida d’aller au village crier toutes les vérités qu’il savait. Pour ceci, il s’assit sous l’ombre de l’arbre à Palabre et invita les huit familles du village ainsi que la sienne. Sur l’arbre, il y avait neuf fruits semés par la société et portaient des noms comme : trahison, pollution, racisme, inégalité, avortement, cupidité, héritage, homosexualité et cachotterie.

       Soudainement, un fruit tomba de l’arbre sur la tête de Woloukou le petit qui répliqua :

« Toi, en pointant le prêtre de l’église du doigt, je t’ai vu parler à la fille du marchand Sagar Badiane, lui disant que si elle accepterait de se donner à toi, vous fuirez tous les deux ensemble ».

         Il grandit de neuf centimètres et il ne resta plus que huit fruits sur l’arbre.

« Si vous vous demandez pourquoi l’eau de la rivière est polluée, vous trouverez la réponse chez Awa Thiaw puisque c’est bien elle qui, tous les jours, alors que le soleil est encore plongé dans son sommeil, y jette ses ordures ».

         Il grandit de dix-huit centimètres et il ne resta plus que sept fruits sur l’arbre.

« Est-ce qu’à votre avis, il faut rendre le mal par le mal ? Si vous demandez à M. Damé Diaher, il vous dira oui. Nous qui avons toujours été victimes de racisme, le semons aujourd’hui. C’est bien toi, Damé Diaher qui as chassé le « blanc » qui venait visiter le village il y a quatre mois, n’est-ce pas ? »

        Il grandit de vingt-sept centimètres et il ne resta plus que six fruits sur l’arbre.

« Si vous me dites que le XXIème siècle est le bouleversement total de toutes nos croyances et traditions, je vous inviterai à demander à Malick Gomis pourquoi il a interdit à sa femme d’assister à la cérémonie que nous avons organisée il y a deux semaines ».

     Il grandit de trente-six centimètres et il ne resta plus que cinq fruits sur l’arbre.

« Savez-vous que Djilane Mbengue qui est à l’aube de son neuvième mois de grossesse a été victime d’un viol par son propre mari, bien avant qu’il ne l’épouse ? Eh oui, elle qui demanda à avorter la vie qu’elle portait en elle, a été obligée de se marier à son violeur ».

        Il grandit de quarante-cinq centimètres et il ne resta plus que quatre fruits sur l’arbre.

« Les enfants de la famille Ndétare n’ont pas reçu une éducation complète et assez d’attention. Evidemment, les parents étaient trop préoccupés à gagner de l’argent. L’histoire du nouveau monde n’est qu’un lamentable martyrologe dans lequel baigne la cupidité ».

        Il grandit de cinquante-quatre centimètres et il ne resta plus que trois fruits sur l’arbre.

« Depuis la mort du père de la famille Bakhoum, cette maison qui unissait tous ses membres a été abandonnée ; non pas parce que Yacouba Bakhoum est mort, mais parce que l’aîné a volé tout l’héritage et est allé vivre en ville ».

       Il grandit de soixante-trois centimètres et il ne resta plus que deux fruits sur l’arbre.

« Pourquoi Guignane Bop et Thioro Seye sont condamnées à s’aimer sans être ensemble ? Oui, j’ai vu de mes propres yeux ces deux personnes se rendre, à plusieurs reprises, dans les fins fonds de la forêt… ».

         Il grandit de soixante-douze centimètres et devint tellement grand qu’il ne pouvait plus s’asseoir… Mais il restait encore un fruit sur l’arbre, celui de la cachotterie…

      Le sage du village demanda donc à Woloukou le petit de le cueillir, de l’enterrer et de dévoiler la cause de sa malédiction ; il cueillit donc le fruit, ramassa tous les autres qui étaient déjà tombés et les enterra tous, en attestant :

« La cachotterie ».

        Woloukou le grand avait donc avoué sans aucun subterfuge.

      C’est à ce moment que, sous le soleil du Sénégal, tout le monde vécut dans une sérénité qui ne semblait pas avoir de limites, couvert par l’ombre de dix arbres…

La franchise coûte des soins, et veut un peu de complaisance, mais tôt ou tard elle a sa récompense, et souvent dans le temps qu’on y pense le moins.

 L’Analyse

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