La Nuit sacrée, Tahar Ben Jelloun

« Ce qui emporte c’est la vérité » ou la Chari‘a, la Tarîqah et la Haqîqah.

        La flamme fervente du mystère ne s’est pas été éteinte dans L’Enfant de sable (1998) de Tahar Ben Jelloun. La descente vertigineuse aux enfers du mensonge social le plus aberrant, délirant et écrasant  n’a cessé de projeter son ombre diabolique sur un « enfant à l’identité trouble et vacillante » dans La Nuit sacrée du même auteur maghrébin d’expression française. Préfère-t-il le zigzag à la ligne droite ? Jamais. La plume prodigieuse benjellounienne présente le côté calomnieux  de la société maghrébine et nous plonge dans l’expérience soufi de Zahraa.

         Il était une fois, un père marocain dont l’épouse n’enfantait que des filles. A la huitième grossesse, il décide que le bébé sera un garçon. Il le nomme Ahmed. La 27ème nuit du mois de Ramadan, nuit sacrée, le père confesse la vérité amère à son enfant et se débarrasse de ce poids  fastidieux avant de mourir.  Après la mort de son père, Zahraa débute alors un long voyage initiatique où le cheminement (sayr) vers la vérité spirituelle (Haqîqah) par la voie (tarîqa) la conduit  de la Grand-Place à la maison du  père ; du cimetière où elle commet un meurtre posthume en étranglant le cadavre de son père, au jardin parfumé peuplé d’enfants ; vers une forêt obscure ; vers une montagne où elle s’isole et où elle est violée par un inconnu sans visage, au hammam de l’Assise (femme obèse qui l’accueille chez elle) ; vers la maison du Consul (frère de l’Assise, homme aveugle et sadique) ; du hangar bleu et de la bibliothèque rêvée, au bordel où, pour la première fois, elle a des rapports intimes avec l’aveugle ; de la prison au marabout… C’est le voyage spirituel et la conduite (sulûk) d’une âme angélique qui désire atteindre la fusion avec le divin.

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         Rêve ? Somnolence ? Aventure ?  Errance ? Oubli ? Amour pur ? Ascétisme (zuhd) ? Adoration (‘ibâdah) ? Gnose (‘irfân) ? Zahra est-elle un ermite, une ascète ou un misanthrope qui flâne en route, dans les rues de l’éternité, qui perfore le lustre d’une vérité marmoréenne ? Zahraa est guidée par sa vision certaine (yaqîn) et son inspiration (ilham) afin de découvrir le secret (a-sirr) d’un «livre jamais ouvert, jamais lu ». Pour le faire, « une crise de mutation » aura lieu par  « le transport de l’âme »  et « la grâce de l’oubli ». C’est la quête d’un androgyne « solitaire parmi les solitaires », manipulé, amoureux, condamné, emprisonné, excisé, et finalement, tout simplement reconnu en tant qu’être libre et mystique.  Finalement, tout être voué à une expérience mystique se condamne à cheminer mystérieusement.

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       Ben Jelloun entrebâille la porte du soufisme par les nombreuses intertextualités qui encadrent ce roman : Mohamed Al-Nafzawi, Al-Hallaj, Ibn’ Arabi, Rumi…  C’est dans ce roman que se mêlent le soufisme et la vérité, l’amour divin et l’amour terrestre, le charnel et le charnu, le subversif et le provocant, le défendu et l’imprononçable. En outre, Ben Jelloun applique aux personnages le caricatural, le symbolique ou le stylisé. Sa plume vibre dans un cercle infernal et dans un alliage subtil de vertu, d’un rejet des cinq sens par l’annihilation de l’ego (fanaa).  Ce qui importe, c’est l’état (hal) d’un homme parfait (ensan kamel) qui fléchit devant l’extase avec le divin et d’un amour enflammé de stigmates. Car, « quand le moi s’efface, alors Dieu est son propre miroir en moi » affirme Abou Yazid El Bistami.

                      À lire absolument !

 

Maryam Sabra

Master 1-Lettres Françaises USJ/FLSH

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